Journée technique apicole du syndicat d’apiculture du Rhône


Une centaine d’apiculteurs avaient répondu présent le 16 mars dernier pour assister à la journée technique organisée par le syndicat d’apiculture du Rhône. Dans le grand amphithéâtre de l’école vétérinaire de Lyon, que nous remercions pour son accueil, les intervenants nous ont offert quatre conférences passionnantes.

Gelée royale française : la qualité, mais pas la quantité !

La première présentation du matin, par Tommy Gérez, du groupement de producteurs de gelée royale, portait sur les protocoles de production de gelée royale, la démarche qualité, ainsi que sur les chiffres de production de gelée royale en France et dans le monde.

La gelée royale, produit très réputé de l’apiculture, est obtenue en modifiant un élevage de reines. Après prélèvement de larves de moins de 24 heures par greffage, on retire les cupules au bout de 3 ou 3,5 jours. La larve est éliminée et la gelée royale aspirée. Tout l’art du producteur de gelée royale réside en trois points :
1- obtenir des colonies fortes au printemps.
2- Savoir greffer rapidement des larves très jeunes.
3- respecter un timing très précis entre greffage et prélèvement, ce qui conduit à un calendrier contraignant sur des cycles de 3 jours, qui se répètent de mai à mi-juillet.

Une personne ne peut gérer seule que 30 ruches. La gelée royale récoltée mérite un traitement spécial (conservation au frigo compte tenu de son prix, jusqu’à 2 000 euros le pot).

3 400 tonnes de gelée royale sont produites dans le monde, essentiellement en Chine, alors que la production française n’est que de 3 tonnes seulement. Mais les Français ont consommé 172 tonnes en 2018. Les producteurs français ont donc initié une démarche qualité (par exemple, abeilles nourries exclusivement avec du miel) et assurent la traçabilité de chaque lot, de la ruche au pilulier. Une formation est assurée par le GPGR, qui produit également des fiches techniques.

Ces actions doivent permettre d’identifier aisément la gelée royale française, sur des critères d’origine et de qualité.

Bien-être des abeilles

La deuxième conférence de Christophe Roy était consacrée au bien-être des abeilles : les soins, les pratiques, l’environnement. Les mortalités d’abeilles ont atteint 40% des colonies l’an dernier. Nos colonies souffrent : outre les mortalités, elles subissent des baisses de populations, des reines vieillissent mal, et produisent de moins en moins.

Les colonies sont affectées par six facteurs de stress : alimentation, facteurs biologiques, facteurs climatiques, facteurs physiques, facteurs chimiques, et pratiques apicoles. Plusieurs de ces facteurs ne peuvent être modifiés par l’apiculteur, en matière de climat, de pesticides extérieurs à la ruche, ou d’agression biologique : les mortalité d’abeilles sur l’île de la Réunion sont passées de 1% à 36% en 18 mois, lorsque le Varroa est arrivé.

L’apiculteur doit au maximum limiter ces stress : il peut ainsi choisir soigneusement son emplacement, limiter l’exposition aux pesticides dans la ruche (cires, qualité des traitements), aider la colonie à surmonter les mortalités, et visiter fréquemment ses ruches pour s’assurer de leur état sanitaire. Les bonnes pratiques apicoles : renouvellement des cires, entretien des ruches, nourrissement lorsque c’est nécessaire, lutte contre le Varroa, sélection de colonies, protection contre les prédateurs, nettoyage et désinfection des outils, contribuent au mieux-être de nos colonies d’abeilles.

Barrer la route à Æthina tumida, prédateur prolifique et redoutable

L’adulte : trois particularités :
Antennes en forme de massue
Tête, pronotum et abdomen séparés
Elytres plus courtes que l’abdomen

Le Dr Vétérinaire Christophe Roy, diplômé en apidologie, nous a présenté les dangers du petit coléoptère Aethina tumida, son cycle de développement, son impact sur la vie de l’abeille, et les méthodes de lutte. Ce coléoptère n’est pas présent en France actuellement, mais il a déjà été introduit au Portugal qui a réussi son éradication, et dans le sud de l’Italie, où il n’est toujours pas éradiqué malgré les efforts déployés. Il vient d’Afrique et toutes les introductions dans le monde sont le fait de transferts par l’homme.

On peut observer jusqu‘à trois cycles par an. La femelle pond dans une ruche des grappes d’oeufs, difficiles à voir. Les larves ressemblent à celles de la fausse teigne en taille et en morphologie, mais elles portent une double rangée de poil sur le dos ainsi que des cornes. Elles sont aussi plus agiles. Elles se développent sur 14 jours en moyenne, et provoquent des ravages à l’intérieur de la ruche, en se nourrissant de miel, de pollen et de couvain. Puis elles sont attirées par la lumière de l’extérieur. Elles vont alors s’enfoncer en terre, jusqu’à 30 cm de profondeur, généralement à quelques mètres de la ruche, voire jusqu’à 200 mètres.

Une grande capacité de dissémination

Les adultes émergent du sol au bout d’un mois. Ils font 5 à 7 mm, le tiers de la taille d’une abeille. Ils craignent la lumière et se cachent dans la ruche avec agilité, ce qui les rend difficile à voir. Ils se nourrissent de miel, mais peuvent aussi consommer des fruits à l’extérieur. Leur fertilité est redoutable : 80 adultes peuvent engendrer 36 000 autres adultes en deux mois ! Ils sont par ailleurs capables de parcourir jusqu’à 20 km en tant que reproducteurs. Leurs capacités de dissémination les rendent particulièrement dangereux.

Larves et adultes vont gravement perturber les ouvrières, en creusant des galeries, en entraînant une fermentation du miel qui peut alors couler à l’extérieur de la ruche. Les hausses peuvent également être détruites en 3 ou 4 jours.

Pour rechercher Aethina tumida, on peut poser des pièges qui sont disponibles dans le commerce. Mais l’observation à l’œil de nos ruches s’avère très sensible.

Ce danger sanitaire (DS) de première catégorie ne doit pas arriver chez nous. Les conséquences se feraient sentir à l’échelle d’un territoire. Il n’existe en effet pas de possibilité de traitement spécifique.  

Vigilance absolue

Pour cela, il faut s’assurer que tout déplacement transfrontalier d’abeilles est accompagné d’un certificat. Hors Europe, on ne peut acheter que des reines. Par ailleurs, il est rappelé que l’absence de déclaration d’un DS de première catégorie est un délit. En cas de présence, le préfet prendra des mesures drastiques.

Dans tous les pays où il est arrivé, Aethina tumida est devenu un ravageur majeur. Son éradication s’est avérée extrêmement compliquée, voire impossible. Il exige donc une vigilance absolue de chacun d’entre nous. Au moindre doute, chacun d’entre nous doit réagir très vite, dans la journée. Vous serez indemnisés par l’état, d’environ 150 euros par colonie, mais aussi de pertes indirectes, comme des animaux à haute valeur génétique. Des experts apicoles fixent le montant de ces indemnisations.

Donc, n’hésitez pas à déclarer une suspicion auprès de la DDPP, de notre vétérinaire, du GDSA69, ou d’un TSA.

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