L’indispensable dépistage du varroa


Auteurs : Alain BODOY et Olivier MARTEL

Dépister le Varroa est à la portée de tout apiculteur, y compris amateur.
Lancez-vous !
Vous constaterez de visu la réalité de l’infestation par le Varroa et vous pourrez traiter de manière raisonnée vos ruches.
Revues des différentes méthodes de dépistage et de leur interprétation.

Le dépistage, en pratique, répond à quelques règles simples et faciles à suivre. Si nécessaire, vos TSA favoris pourront vous aider dans cette démarche.

Quand procéder à un dépistage ?

Une première période importante se situe en mai-juin, lorsque le Varroa s’est fortement développé. Il s’agit d’estimer l’infestation des colonies en pleine production. Une forte contamination pourra être traitée par exemple à l’acide formique pour éviter un affaiblissement précoce.

La deuxième période de dépistage intervient après le traitement de fin de saison apicole (de fin juillet à début octobre). Il permet de valider le succès du traitement principal. Si le dépistage est positif, il est encore possible de traiter avec une molécule.

Enfin, un dernier dépistage facultatif peut avoir lieu fin novembre car il est encore possible de traiter à l’acide oxalique, en l’absence supposée de couvain, dans la deuxième moitié de décembre.

Sur combien de colonies pratiquer le dépistage ?

Pour avoir une bonne représentativité des résultats, le nombre de ruches à dépister dépend bien sûr de la taille du rucher et du degré d’infestation. Pour un rucher de plus de 20 colonies, il faudrait tester 20% des colonies (15% en été car le varroa est alors très présent), ou au moins 8 ruches. Si votre rucher comporte 5 ruches, ou moins, il est recommandé de toutes les tester car chaque colonie a son propre historique face au Varroa. Entre ces deux tailles de rucher, il vous faudra tester de 5 à 7 colonies.

Trois bonnes raisons de dépister le Varroa dans vos ruches

Près d’un apiculteur sur trois n’a jamais mesuré le taux d’infestation de ses colonies par le varroa.
Le dépistage présente pourtant de nombreux avantages :
Il permet bien sûr de quantifier le degré d’infestation de manière visuelle, ce qui rend évidente
la nécessité de traitements.
Il permet également de suivre dans le temps l’infestation des colonies et de préciser les périodes de traitement nécessaires ainsi que le nombre de traitements.
Enfin, on peut évaluer l’efficacité d’un traitement effectué et décider de l’opportunité d’un autre traitement et/ou de l’emploi d’une autre
molécule.
Compte tenu des conséquences d’une infestation non contrôlée (perte probable de la colonie), pour soi et pour les ruchers voisins, le rapport bénéfices/ coût du dépistage est très favorable pour l’apiculteur, qu’il soit professionnel ou amateur.
Donc, dépistons tous !

varroas_plateau_fond
Varroas sur la tôle amovible sous le plateau de fond.

Les techniques de dépistage

• Le suivi des mortalités naturelles du Varroa.

Il faut pour cela avoir installé un plateau entièrement grillagé, équipé par en dessous d’une planche ou d’une tôle amovible. On installe sur cette surface un « lange », généralement une feuille de papier clair, éventuellement quadrillée, que l’on a recouvert d’huile de cuisine, de graisse ou de colle afin de retenir les varroas sur la surface. Des lunettes-loupe ne sont pas inutiles pour ces comptages qui peuvent intervenir tous les 3 jours pendant 9 à 15 jours. Le résultat s’exprime en nombre de Varroa comptés par jour. Cette méthode simple et fiable demande cependant du temps pour une précision relative.
Les autres méthodes sont basées sur des comptages directs du nombre de varroas sur les abeilles.

• La désoperculation du couvain de mâles

Il s’agit de désoperculer 200 alvéoles de couvain de mâles, d’extraire les nymphes avec une pince fine et de compter les varroas présents. La couleur blanc nacré de ces nymphes facilite ce comptage. Cette méthode est fiable et très précise car 50 à 90% des varroas se trouvent dans les cellules operculées. Mais elle est limitée à la période de présence de nymphes mâles. Il peut d’ailleurs être compliqué de trouver 200 de ces nymphes. De plus, le sacrifice de 200 mâles est plus critique que pour les ouvrières.
Le résultat s’exprime en nombre d’alvéoles contenant des varroas, par nombre total d’alvéoles désoperculées, le tout que multiplie 100.

• Le roulement des abeilles au sucre glace.

Il s’agit d’introduire, dans un récipient muni d’un fond grillagé de maille de 2-3 mm, environ 300 abeilles, ou 120 ml d’abeilles, ou 42 g d’abeilles, prélevées de préférence sur plusieurs cadres. On ajoute 2 cuillerées à soupe de sucre glace et on enrobe doucement les abeilles en retournant le bocal. Après un repos de 3 minutes, il faut secouer le récipient en tous sens pendant 3 minutes. Les Varroa tombent au fond du récipient, facilitant ainsi leur comptage. Cette méthode non destructive est peu coûteuse mais elle s’avère moins précise qu’une méthode à l’éthanol. Attention à ne pas prélever la reine ! Les abeilles sont ensuite remises dans la ruche pour une séance de léchage. Le fait de ne pas sacrifier d’abeilles (en théorie) est un argument important pour nombre d’apiculteurs.
Les résultats de cette méthode s’expriment en nombre de vwarroas trouvés par nombre d’abeilles prélevées, que multiplie 100.

Pour le roulage au sucre glace, on prélève les abeilles sur un cadre et on les remet à la fin du dépistage..

• Le lavage des abeilles à l’alcool ou à l’eau savonneuse.

 Là encore, on prélève 300 abeilles qui sont introduites dans un récipient au fond grillagé que l’on peut fermer hermétiquement. Attention à ne pas prélever la reine ! Pour décoller les varroas phorétiques, plusieurs possibilités : soit on introduit dans le récipient de l’alcool dénaturé à 70 degrés, soit on utilise une solution détergente, soit du liquide lave-glace du commerce qui contient ces deux ingrédients. La quantité à ajouter est de 200 ml pour un récipient de 300 ml. Ces solutions sont récupérables après filtration fine pour éliminer les varroas.

On secoue le récipient pendant une minute. S’il existe un filtre incorporé au récipient, on peut compter directement le nombre de Varroa tombés dans le fond du bocal. Sinon, on verse le contenu du récipient dans un plateau à fond clair à travers une passoire et on compte les Varroa sur le plateau. Cette méthode est efficace, fiable, rapide et précise mais elle aboutit au sacrifice des 300 abeilles. On peut certes relativiser cette élimination de 300 abeilles dans une ruche qui en contient entre 20 000 et 35 000, soit environ 1% des effectifs. On peut également considérer que c’est un sacrifice nécessaire qui permet d’éviter des mortalités ultérieures ou l’élimination de la colonie. Chaque apiculteur sera juge de la conduite qu’il souhaite adopter.

Les résultats de cette méthode s’expriment également en en nombre de Varroa trouvés, par nombre d’abeilles prélevées, que multiplie 100.

• L’endormissement des abeilles au CO2.

La taille de l’échantillon est inchangée (300 abeilles). On utilise également un récipient au fond grillagé dans lequel on fait circuler le CO2 qui va endormir les abeilles, grâce au dispositif spécial (photo). On secoue les abeilles pendant 30 secondes, puis on décompte les varroas tombés sur le fond du récipient. Les abeilles déparasitées sont réintroduites dans la ruche. La mortalité des abeilles est nulle avec cette méthode. Les résultats sont assez rapidement obtenus, pour une fiabilité moyenne. En revanche, il faut investir dans le matériel nécessaire. Un lien vers une video décrivant le processus est disponible à l’adresse suivante :
https://www.youtube.com/watch?v=CIHexu7M5wI

photo varroa tester co2
Endormissement des abeilles au CO2

Là encore, les résultats de cette méthode s’expriment également en en nombre de Varroa trouvés, par nombre d’abeilles prélevées, que multiplie 100.

Interprétation des résultats

C’est un point commun à toutes ces méthodes : l’interprétation des résultats peut s’avérer délicate, pour de multiples raisons. La première a trait à la dynamique de la population de varroas. Normalement, les effectifs sont faibles en hiver puis augmentent considérablement pour exploser en été. Trouver 5 varroas pour 300 ouvrières n’a pas la même signification en février ou en juillet ! Le tableau suivant résume les différentes possibilités en fonction de la technique employée et des saisons.

Dépister le Varroa n’est finalement pas bien difficile. C’est plus simple que bien des recettes de cuisine ! Et il suffit généralement de deux comptages par an, en mai-juin et en cours d’automne, avant l’hivernage. Alors pour ceux qui ne pratiquent pas encore le dépistage, lancez-vous ! C’est une compétence qu’il est aisé d’acquérir et qui s’avère indispensable pour qui veut durer en apiculture.

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